Les rosiéristes de la Côte-d’Azur par Jean Pradestang (1935)

     

Au tout premier rang des rosieristes de la Côte-d’Azur – et même du monde entier – brille le nom de Gilbert NABONNAND.
Ne à Grésolles, près Roanne, le 20 mai 1829
[1], il mourut au Golfe-Juan le 6 janvier 1903.

Il débuta chez un horticulteur à Vienne, fit un séjour chez Guillot, à Lyon et dans différents Etablissements, s’établit ensuite à Sorgues (Vaucluse) et, en 1858, a Avignon, ou il se spécialisa dans la culture des rosiers.

En 1864, Lord Brougham and Vaux l’ayant fait venir sur la Côte-d’Azur, il créa au Golfe-Juan un établissement horticole qui ne tarda pas à prendre un très grand développement.

Cannes n’était alors qu’une petite bourgade sans importance, mais la présence de Lord Brougham y attira un grand nombre d’Anglais qui s’adressèrent à Gilbert Nabonnand pour la création ou l’embellissement de leurs propriétés.

Les planes exotiques étaient alors presque inconnues sur la Côte-d’Azur et les palmiers n’étaient guère représentés que par le palmier-dattier. G. NABONNAND comprit tout le parti que l’on pouvait tirer du climat privilégié de cette région et importa ou acclimata des centaines d’arbres et de plantes que nous pouvons encore admirer aujourd’hui dans les anciennes propriétés qui, hélas, sont en voie de disparition. Le botaniste B. CHABAUD dans son livre « Les jardins de la Côte-d’Azur », nous a donne une description des pépinières :

"NABONNAND, dont la renommée est universelle comme rosiéristes, n’était pas seulement horticulteur ; il était aussi amateur passionne de belles plantes qu’il avait a coeur de se procurer et d’acclimater pour l’ornement de nos jardins, dont il a été un des principaux créateurs.

C’est au Golfe Juan qu’il créa un vaste Etablissement dans lequel il cultiva, grâce à la nature du sol et à son exposition privilégiée une très grande partie des végétaux qui ornent nos parcs.

C’est dans ses champs d’études que nous avons vu les végétaux suivants dont une grande partie n’existe malheureusement plus :

En entrant, on voyait d’abord a gauche, un grand massif de palmiers compose de Phoenix, de Chamoerops et de Livistonas. Les Phoenix y étaient représentés par un beau sujet male de Ph. Sylvestris – le plus fort que nous ayons vu – par quatre beaux exemplaires males de Ph. reclinata et par trois Ph. spinosa, dont un male et deux femelles, qui portaient plusieurs régimes charges de fruits. Deux pieds de Livistona australis (corypha) ; mais l’espèce la plus rare, la plus remarquable était la Livistona humilis, et aussi une collection de cocotiers (cocos) majestueux.

Les Protinées étaient représentées dans ce jardin d’une manière remarquable ; c’est la qu nous avions admires les plus beaux sujets de cette curieuse classe. On ne saurait dépeindre le magnifique coup-d’oeil que produisaient les inflorescences jaunes et orangées, en gros chatons dresses, cylindriques, dont quelques-uns avaient  15 et même 20 centimètres de hauteur sur 20 a 25 de circonférence. Dans les nombreux genres et espèces de cette classe nous avons admires les Banksia spéciosa, integrifolia, serrata, littoralis et marescens ; nous avons vu également un joli sujet d’agnostis sinuatus. Parmi les Hakeas, nous ne citerons que l’Hakea eucalptoides, dont les capitules floraux de couleur rose ont la forme d’un oursin. Une superbe collection de Grevilleas, arbustes de Nouvelle-Hollande, très remarquables, a floraison hivernale, portant des fleurs tricolores, blanches, roses et rouge fonce; le G. Thelemani et les G. asplenifolia, Hilli, acanthifolia, Preisslana, rosandrinifolia, sulfurea, alpestris, flexsuosa.

 

Les myrtacées noblement représentées par les genres Eucalyptus, Angophora, Metaleuca, Metrosideros, Callistemon, Calothamus, Tistania, Eugenia et Farbricia.

 

Dans la classe des Daphnoidées, on voyait de beaux et vigoureux pieds de Daphné aux fleurs suaves, D. Japonica, Marzelli, dauphin, de magnifiques Camélias, Bruyères, Espacris ; six espèces de Pittosporum ; cinq genres d'araliacées, des Ficus australis, rubiginosa, elastica, macrophylla, des Laurus camphora et combien d'autres végétaux exotiques parfaitement acclimatés."

CHABAUD n'a cite qu'une faible partie des végétaux de ce véritable jardin botanique qui renfermait également de nombreux arbres fruitiers exotiques : Avocatiers, Goyaviers, Kakis, de nombreuses Mimosées, qui ont fait la fortune de beaucoup de cultivateurs, des Eucalyptus varies, des Fougères, etc., etc.

 

Si les hybridations de G. Nabonnand dans tous les domaines sont innombrables, les rosiers furent incontestablement ses plantes préférées et bien qu'il n'ait mis au commerce qu'environ 200 variétés, c'est par milliers que se chiffrent ses obtentions. Parmi celles encore cultivées actuellement et dont la vigueur et la floribondité sont remarquables, citons tout spécialement:

Anna Yung, T., 1903.

Albert Stopfort, T. 1898.

Bardou Job, T., 1887.

Cannes la Coquette, H.T., 1878.

Clément Nabonnand, T., 1878.

Comtesse de Leusse, T., 1878.

Comtesse de Bardi, T., 1899.

Comtesse Festetics Hamilton, T., 1912.

Comtesse Sophie Torby, T., 1902.

Général Gallieni, T., 1899.

Général Schablikine, T., 1897.

G. Nabonnand, T., 1888.

Grande Duchesse Anastasie, T., 1898.

Lady Waterlow, HT., 1888.

L'Idéal, N., 1897.

Marie Lavalley, N., 1880.

Marie Roussin, T., 1888.

Mme Claire Jaubert, T., 1887.

Mme Jules Siegfried, T., 1894.

Mlle Franziska Kruger, T., 1879.

Marie Segond, T., 1902.

Marie d'Orléans, T., 1883.

Marie Gagniere, T., 1878.

Nabonnand-Beng, 1887.

Nardy, T., 1888.

Paul Nabonnand, T.,1878.

Papa Gontier, T., 1882.

Papillon, T., 1878.

Reine E. des Pays-Bas, T., 1878.

Reine Olga de Wurtemberg, Nois., 1881.

Prince Wassiltchikoff, T., 1874.

 Nous arrêtons la cette énumération incomplète, mais nous croyons pouvoir affirmer qu'aucun rosiériste n'a actuellement un si grand nombre d'obtentions encore cultivées.

Le rôle joue par G. NABONNAND dans le développement horticole de la Côte-d’Azur a été considérable, non seulement au point de vue de la culture des plantes nouvelles, mais encore en ce qui concerne la formation professionnelle de nombreux ouvriers. Plus tard, ils se sont établis a leur compte et ont contribue au développement de la culture du rosier.

 

Aussi modeste que savant, Gilbert NABONNAND n'a jamais recherché la gloire et les honneurs et si son nom est inséparable de l'histoire de la Rose, il le doit uniquement à la valeur de ses obtentions.

Ses deux fils, Paul et Clément, qui furent ses collaborateurs de la première heure ont poursuivi son oeuvre. Paul NABONNAND a obtenu de nombreux hybrides dans tous les domaines, mimosas, palmiers, orangers, etc... Ses hybrides de R. Gigantea :

Comtesse de Chaponay.

Comtesse Prozor.

Emmanuella de Mouchy.

Fiametta.

Lady Johnstone.

Noëlla Virebent.

Sénateur Amic.

sont remarquables par leur vigueur, leur floribondité et leur résistance aux maladies. Il est regrettable qu'il n'ait pas poursuivi ses recherches en vue d'obtenir des hybrides de R. Gigantea buissonnants, car il nous aurait certainement dote d'une nouvelle race vigoureuse dont nous avons tant besoin, mais ses obtentions seront précieuses pour les recherches futures.

Mentionnons parmi les variétés éditées pas Paul et Clément NABONNAND :

Anne Leygues, T., 1906.

Bertha Kleman, T., 1906.

Ctesse Emmeline de Guigne, T. ,1905.

Mme Charles Singer, T., 1916.

Mme Maurice Donnay, T., 1906.

Marquise de Mores, T., 1913.

Irene Bonnet, HT., 1920.

Rosette Delizy, T., 1922.

Souvenir de Gilbert Nabonnand, T., 1920.

220 Grands Prix ou médailles obtenus aux Expositions ont récompensés les efforts des NABONNAND pour nous doter de variétés de Rosiers convenant pour tous les climats, mais particulièrement a celui de la Côte-d’Azur et des régions tropicales.

 

Les Rosiéristes, groupes principalement dans la région d'Antibes, sont assez nombreux, mais ils sont, en général, spécialisés dans la production ou le forçage.

Mentionnons pourtant parmi les obtenteurs: MARI, de Nice, qui obtint en 1901 une bonne variété : Madame Antoine Mari ; BUSBY, jardinier de lord Brougham, obtenteur de trois hybride de R. Gigantea et un amateur de Nice, M. PERNY qui, entre 1850 et 1900 obtint un certain nombre de variétés.

Il serait injuste de ne pas citer le nom d'Alphonse KARR qui, nous croyons, fut le premier à envoyer à Paris les roses de Nice et contribua ainsi au développement de l'horticulture méridionale, dont le chiffre d'affaires se chiffre par millions.

Notes


[1]  En fait le 20 Mai 1828 [JJ].

Extraits de "Les Amis des Roses", journal de la Societe Française des Rosieristes. - Lyon. - Mars - Avril 1935.

www.rosarosam.com