| L'expansion de l'horticulture azuréenne. par Paul Castéla (1968) | |
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En s'installant vers 1787 dans le nouveau faubourg de Nice, loin de la "vieille ville", dans le quartier de Croix-de-Marbre (en souvenir d'une halte du Pape), les Anglais construisirent le long du Camin dai Angles, en bordure du front de mer, des villas entourées de vastes jardins. Leur goût du jardin à l'anglaise doit s'adapter à la flore locale et même exotique. Ils sont souvent regardes d’un oeil curieux, voire amuse par les membres de l’aristocratie locale qui habitent des demeures inspirées de la Renaissance italienne, avec des jardins ou se développent terrasses, balustrades, escaliers décoratifs, longues perspectives. Certains de ces jardins, subsistent encore partiellement, beaucoup ont disparu : c’étaient les villas Arson, Mendiguren, les domaines de Châteauneuf, du Piol, de Valrose, de Chambrun, de Pierlas. La villa Thuret à Antibes (actuel jardin botanique) créée en 1856, rappelle cet ordonnancement. Les jardins publics, eux, aussi, se développent dans Nice : en 1867, c’est la construction d’un jardin suspendu sur la Paillon, en 1894, c’est l’inauguration du jardin Albert 1er. De nombreuses villas, véritables châteaux, s’entourent a la fin du siècle de somptueux jardins ; l’histoire retiendra les villas « Endymion », a Cannes, « Massena », a Nice, « les Cèdres », a Saint-Jean-Cap-Ferrat, « Eilenroc », a Antibes, « Leopolda », a Villefranche, le château de Malbosc, a Grasse.
« Il y a quelques-uns de nos lecteurs qui ne savent pas que je suis fermier et jardinier a Nice, mais fermier et jardinier pour de bon, fermier avec des vaches, des poulets, des canards, etc. Jardinier et maître et seigneur d’une foret de cinq mille rosiers. Par ces présentes, je leur notifie et leur fais savoir, ainsi qu’a ceux qui connaissent mon établissement :
En écrivant par a poste six jours d’avance, ou trois jours d’avance par télégramme, on peur recevoir, a Marseille, Paris ou Lyon un énorme bouquet de violettes de Parme de 35 centimètres de diamètre pour douze francs, caisse et emballage compris. De même que toute espèce d’autres bouquets. Ecrire à M. Alphonse Karr, jardinier à Nice-Maritime, Etats Sardes. »
Dans d’autres textes, Karr indique comment il eut l’idée de confectionner des bouquets : « J’en avais fait venir quelques-uns de bonne faiseuses de Paris pour étudier leur manière, je l’avais modifiée et variée. » Ainsi la floriculture a pris, peu après le rattachement de Nice a la France, un essor décisif. Deux cultures sont désormais essentielles : l’oeillet et la rose, puis viendront s’ajouter le mimosa et les fleurettes. En 1870, les moines du monastère de Saint-Pons, à Nice, en concurrence avec certain Antibois, dont Balthazar de Barquin, cultivaient 4000 plants d’oeillets pour alimenter le marché niçois. Il faut attendre en réalité 1870 pour assister au début de la culture sur les coteaux niçois, de Caucade à Saint-Antoine. Tandis que la culture s’amplifie à partir de 1885, les premières variétés sont mises au point (en 1857 « Souvenir de la Malmaison », en 1900 variété de « Marmion », pour ne citer que les principales parmi des dizaines). Un grand nombre d’hivernants se sont groupes dans une Société Florale de Nice qui a entrepris de mettre en valeur un domaine après avoir procédé a l’arrachage de vignes et d’oliviers. Du 15 novembre 1884 au 15 avril 1885, les résultats sont les suivants : 1565 douzaines d’oeillets grande tiges (chacun avec une fleur épanouie et plusieurs boutons), 865 douzaines de petites tiges (vendues 0,60 F au lieu de 1,20 F pour les premières), ce qui représentait un revenu brut de 16000 francs a l’hectare.
La variété dite Flamande, surtout cultivée en Belgique et dans la région lilloise, eut son heure de gloire à la fin siècle, avant de disparaître des marchés. Des le début du vingtième siècle, les coteaux niçois et ceux de Saint-Laurent, sur la rive droite du Var, connaissent l’irrigation par des canaux, ce qui facilite le développement des cultures d’oeillets. De la culture de plein air on passe souvent, pour améliorer ou hâter la récolte, à des cultures sous paillassons ou même sous serres. La superficie atteint ainsi en 1930 : 1150 hectares, elle franchit le cap des 2000 hectares, dans le département des Alpes-Maritimes en 1955.
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