Avant
d'aborder la description des plus belles villas de Cannes,
laisser-moi vous présenter, vous dépeindre cette contrée
incomparable, ces rivages merveilleux qui ont été les témoins des
plus grands faits de l'histoire.
Notre flore est composée de chênes-liège, de chênes verts, de pins
d'Alep d'une grande beauté, d'admirables pins parasols aux têtes
solennelles, de genévriers, de myrtes, de lentisques, de bruyères,
d'arbousiers aux baies rouges, de genêts d'or, d'oliviers majestueux,
de labiées odorantes, telles que les thyms, romarins, lavandes,
cystes, véritables champs de fleurs scintillant au soleil et
embaumant de leurs senteurs délicieuses l'air vivifiant.
Les tons vifs les plus ardents se
croisent sous le double azur de la mer et du ciel de Provence, aussi
pur, aussi bleu que celui de la Grèce ou de l'Égypte.
Les lauriers-roses, les orangers aux fleurs embaumées, aux fruits
d'or, les citronniers dont les branches ploient sous le poids des
fruits, les agaves, les aloès, les figuiers de Barbarie, les mimosas
sont un enchantement pour les veux ; que d'harmonie dans cette belle
nature!
Au loin se dresse la chaîne des Alpes-Maritimes aux cimes couronnées
de neiges éternelles ; quel contraste avec la région tempérée où
croissent jusqu'aux végétaux exotiques.
Au nord les montagnes courent parallèlement à la côte aux dentelures
si diverses, aux golfes de sable d'or et d'argent ; à l'est
s'étagent les collines de la Californie ; à l'ouest, celles de
l'Esterel au relief nettement accusé, aux silhouettes fantastiques,
se découpent au soleil couchant et se reflètent sur le miroir
immense du golfe de la Napoule ; quel spectacle grandiose et
impressionnant.
Cannes située au bord de la grande bleue, s'étageant sur des pentes
très douces ; des milliers de palais, châteaux, villas, h6tels
entourés de jardins s'y étalent.
Ce qui frappe dans cette contrée privilégiée à l'abri des frimas et
de tous les vents, c'est l'uniformité du climat, de la température
dont la moyenne en hiver de 17 degrés, est favorable aux plantes
semi-tropicales.
Les palmiers, ficus, bananiers, la plupart des végétaux du Mexique,
du Brésil, de la Nouvelle-Zélande, du Bengale, du Cap, du Chili,
etc..., s'y développent luxueusement comme dans leurs pays d'origine.
Cette terre promise était connue du monde romain sous le nom de «Provincia»;
comme de nos jours, des villas somptueuses s'abritaient le long de
la plage au pied des collines boisées ; ces merveilles disparurent,
anéanties sous l'invasion des Sarrasins.
Cannes l'antique «AEgitna» a secoué ses cendres au commencement du
siècle dernier elle est aujourd'hui «La perle du Littoral».
Parmi les plus belles villas de Cannes dont nous commencerons la
description, nous débuterons par celle du «Château Eléonore», qui -fut
construit en 1831 par lord Brougham, chancelier anglais : il y
mourut en 1870 là l'âge de 90 ans. Une statue lui a été élevée sur
les allées de la ville.
Ce fut le point de départ du nouvel essor de notre ville après
plusieurs siècles de sommeil et d'oubli. Cannes, avait alors 3.000
habitants; elle en a actuellement 35:000 en été et 70.000 en hiver ;
peu de stations hivernales ont, connu une plus rapide fortune.
Le «Château Eléonore», est situé au milieu d'un grand parc de style
paysager, sur la route de Fréjus, l'ancienne voie «Aurélienne», la
seule qui reliait Home a la Gaule : on voit encore des traces de
cette voie sur plusieurs points de la côte.
Dès la grille d'entrée franchie, de chaque côté de l'allée
principale, se dressent des massifs de bambous gigantesques, ils
atteignent jusqu'à 10 mètres de hauteur et les tiges ont une
circonférence de 25 centimètres, Des bambous noirs aux tiges d'ébène
sertis d'Aucuba japonais, d'Aralia sieboldii forment une forêt
impénétrable, qui se continue en clôturant le parc.
Plus loin, sur une pelouse émaillée d'anémones aux vives couleurs,
d'énormes glycines multijuga et sinensis s'enguirlandent,
s'entrelacent et recouvrent les grands arbres voisins. Leurs longues
grappes de fleurs mauves tombent en cascades de perles sur le gazon.
Des magnolia purpurea aux grandes tulipes, des buissons de rosier
Général Schablikine, de 4 mètres de hauteur sur autant de largeur,
aux fleurs rouge cuivré brillant donnent à l'ensemble un cachet
enchanteur.
Par endroits les palmiers dominent : tels que les Phoenix,
Chamoerops excelsa, Yuccas, aux dimensions rares.
Sur une muraille, des Jasminums laissent apparaître leurs fleurs
jaunes si nombreuses que leur feuillage en est recouvert. Au-dessus,
nue pergola de rosiers Anémonen-rose, Climbing cramoisi supérieur,
Rêve d'or, Reine Olga de Wurtemberg, Noella Nabonnand, est étoilée
de mille fleurs.
C'est une féerie !
Au milieu d'une grande terrasse gazonnée, émaillée d'Iris stylosa
bleus, se dresse un énorme buisson de rosiers «Follette» un hybride
de Rosa Gigantea aux rameaux sarmenteux d'une puissante végétation.
Ses fleurs sont grandes, semi-doubles, d'un coloris rose églantine
nacré reflété d'or pâle ; cette variété a été obtenue de semis par
le jardinier de lord Brougham. Sur les cotés, des jetées de romarins,
des lavandes, se répandent inégalement au gré de la nature.
Au fond du jardin, une palissade 4 mètres disparaît sous des rosiers
«Eléonore» aux fleurs rose pâle semi-double. C'est encore un hybride
de Rosa Gigantea obtenu de semis comme «Follette ».
Nous voici au château, construit sur une terrasse d'où l'on domine
le parc en pente douce au midi. On l'embrasse tout entier dans son
admirable beauté.
Les murs du château sont recouverts de Buddleia de Madagascar, liane
au beau feuillage argenté, aux grappes de fleurs orange,
d'héliotropes, de jasmins blancs, de bégonias, de Bougainvillea aux
bractées roses-grenat-mauves, de rosiers sarmenteux: toutes ces
fleurs aux senteurs exquises sont un enchantement et font les
délices des abeilles et des papillons.
La balustrade est un fouillis de rosiers Gigantea, Banksia, Fortun's
Yellow, 'Marie Van Houtte couverts de fleurs en janvier.
Au centre de la terrasse, un grand
escalier de marbre accède à une allée droite bordée de Cyprès
taillés en colonnes cylindriques tronquées de 1mètres de hauteur,
entre lesquelles croissent des Agaves aux bouquets de feuilles gris
bleuté et des rosiers en arceaux de l'espèce Gigantea «Follette» et
«Eléonore».
Sur les pelouses, des groupes de palmiers d'imposantes grandeurs
portent des régimes de fruits tombant, en grappes énormes ; un bois
de Cocotiers aux feuilles allongées élégamment arquées à longues
folioles pendantes nous transporte au Brésil.
Des Pritchardia épanouissent, leurs éventails sur des troncs de plus
de 10 mètres de hauteur, semblables à des colonnes élégantes d'un
brun rougeâtre,
Des Eucalyptus variés atteignent des hauteurs remarquables ; l'un
d'eux, un globulus dépasse 30 mètres de haut, et son tronc mesure 1
mètres de circonférence. Cet arbre est considéré à juste titre comme
l'un des plus beaux du Midi. Un Araucaria Bidwillii des îles de
l'océan Pacifique, forme une pyramide de l5 mètres de hauteur, dont
les branches s'étalent sur 10 mètres de diamètre. Un Camphrier (Laurus
camphora), splendide, l'un des premiers qui fut planté sur le
littoral, a d'imposantes proportions.
Nous
admirons encore des Cryptomeria elegans, des Cèdres de l'Atlas, des
Magnolia grandiflora si grands qu'ils paraissent être centenaires,
j'omets une foule d'arbres et d'arbustes pourtant, remarquables.
Des Oliviers centenaires sont recouverts de rosiers grimpants des
espèces suivantes : Anémonen-rose, Bardou Job, Beauté de l'Europe,
Banksia, Climbing Papa Gontier, Noella Nanonnand, Duchesse
d'Auerstadt, Gloire de Dijon, Gloire des Rosomanes, l'Idéal,
Lamarque, Maréchal Niel, Général Schablikine. Ce dernier n'est pas
grimpant, mais tellement vigoureux qu'il atteint jusqu'à 6mètres de
hauteur; nous le retrouvons à profusion dans tous les jardins. Ce
rosier très apprécié est considéré comme le plus remontant, il est
constamment en fleurs, il en existe des sujets qui ont au niveau du
sol des troncs de 60 centimètres de circonférence et forment des
buissons si grands que l'on petit compter sur un seul plusieurs
centaines de fleurs.
Des hybrides de Gigantea forment d'immenses tapis soutenus par une
armature à 0,50 au-dessus du niveau du sol.
Sur des supports en colonnes se dressent des Chromatella, La France
de 1789, Ophirie, William Allen Richardson, etc...
Nous voyons encore en groupes et en massifs, les variétés ci-après :
je ne cite que les plus belles, puisque Lord Brougham en a fait
éditer un catalogue.
Camoëns, Charles Lévêque, Comtesse de Leusse, Général Jacqueminot,
G. Nabonnand, Gloire Lyonnaise, Isabelle Nabonnand, Jules Margottin,
La France, Lady Zoé Brougham, Madame de Watteville, Caroline Testout,
Maman Cochet, Papa Gontier, Paul Nabonnand, Paul Neyron, Marie
d'Orléans, Reine Emma des Pays-Bas, Safrano, Sylphide, Ulrich
Brunner, Princesse Radziwill, et tant d'autres variétés anciennes
aujourd'hui presque abandonnées par les collectionneurs.
Aux confins du parc se détachent sur la mer les silhouettes de
grands Cyprès noirs : un grand saule pleureur est a leur pied.
Je ne terminerai pas sans faire l'éloge de M. Busby, un jardinier
anglais que Lord Brougham et Vaux en homme de goût s'attacha voilà
30 ans; ce fut non seulement un collaborateur intelligent et
passionné, mais encore un artiste qui sut le seconder dans cette
œuvre grandiose ; c'est lui qui obtint tous ces beaux hybrides de
Rosa Gigantea que j'ai décrits.
Malgré le poids des ans il continue son Oeuvre et vit dans l'idéal.
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Extrait de
"Les Amis des Roses". Merci a Dominique Massad pour son aide. |
www.rosarosam.com